La scène se déroule au bar l’Astral 2000 sur Ontario -un bijou du kitsch, un véritable musée vivant du quétaine- pour une soirée levée de fonds pour les journalistes de l’UQAM (oué oué y’ont du swag de même eux autres!) Thomas, Isabelle et moi-même pénétrons l’antre avec la ferme intention de … boire au moins une bière. Le barman quinquagénaire complimente mademoiselle comme si sa vie en dépendait jusqu’au moment où son sourcil s’arque. Remarquant ma présence il s’exclame: “Oh comme tu as l’air jeune toi mon ami! Oh! (Je cite. Aucune figure de style dans le discours du barman.) Hey j’aimerais ça avoir l’air jeune comme toi! Penses-tu j’pourrais voir tes cartes?
- Me niaises-tu, réponds-je. J’dois vraiment te montrer mes cartes une fois que j’ai payé pour entrer? … Ici!?
Bref, il finit par se mettre chummy avec nous autres et me lance même un complice “Monsieur [Thomas] est bien accompagné, mais t’es chanceux ‘à soir y’a de la belle femme dans place mon chum! T’as tes chances! Bonne soirée là!” et c’est sur un clin d’œil de monsieur qui comprend les jeunes célibataires que je vais m’asseoir non sans un petit “Wtf ce monsieur… haha!”
Les gens sont saouls. Les gens chantent fort. Les gens chantent mal. Certains très mal. Et c’est bidonnant. J’me mêle dans l’moule comme une mouche mange dla marde, d’un naturel foudroyant. Ça hurle à tue-tête des “RIDE YOUR PONEY!! I SAID YEAH!!! YEAH!! YEAH! YEAH! Yeah.. Yeah! Yea… Yea.. ya.. ye! Y… crisse est ben longue cette chanson là batarnacul!”
La soirée a l’air assez avancée pour le reste du bar puisqu’on a pu assister à l’alignement des filles de la soirée. Oui oui, le Dj (sexyness -1000; awesomeness +2 Milliards!) a réussit à faire monter une vingtaine de filles vraiment pas si willing que ça sur le stage pour leur chanter sa traditionnelle (Parce que ça l’air que c’est une tradition à l’astral!) Sex Bomb de Ricky Martin. Il chante, il danse et il choisit une fille en particulier pour le horny-breakdown. Fille qui s’est littéralement enfuit à l’autre bout du stage se cacher derrière la console de son pour ne pas avoir à danser avec notre merveilleux représentant de la rue Ontario! Pourtant son déhanchement ferait vibrer même les plus frigides… Je comprends vraiment pas.
Bref! La soirée passe et on décide, Isa et moi, d’aller chanter For me, Formidable du grand Aznavour complètement bourrés sous le regard honteux de Thomas qui essaie en vain de se noyer dans sa pinte. Oh! Tandis que j’y pense voulez-vous un truc pour passer plus vite au karaoké? Envoyez votre amie de fille demander à passer et regarder la magie féminine faire son œuvre. C’est fou l’effet qu’un petit clin d’œil combiné à un foulard en fourrure peut faire!
À un moment clé, l’idée d’une cigarette vient sacrer un coup d’pelle dans la tête à mes deux valeureux buveur de Labatt 50′ (Parce que c’est la seule bière en fut dans ce bar où la grosse Tremblay est 1$ moins chère le jour) et on sort.
La conversation va de bon train lorsqu’un cigare me saute dans la bouche et s’allume tout seul! BAM! Surpris, je le fume me disant que je vais peut-être enfin réussir à commencer de fumer. Un jeune journaliste qui écrit semble-t-il comme Marc Cassivi (Props bro!) me demande si j’ai tué l’animal que je porte autour du cou parce que oui, je porte un foulard en fourrure aussi. J’émets un silence. Puis je me lance.
“Oh! Ça mon chum c’est toute une histoire.
Je marchais dans forêt de la région de Hupacasath à quelques lieux au Nord-Ouest de Victoria en Colombie-Britannique sur le territoire des Nootkas, plus précisément sur celui du clan des Nuu-Chah-Nulth à la recherche du légendaire totem perdu de Kwe’kustepsep (les jumeaux qui ont apporté l’équilibre au monde et ont donné aux hommes, aux animaux et aux plantes la forme qu’on leur connait aujourd’hui) quand j’entendis un bruit étrange dans les buissons environnants. Stop net. Patience. Respiration lente, je sonde les alentours avec mes sens de guerrier mage. Rien. Le vent surement. Je continue de marcher, mais je me sens épié. Comme si une présence observait mes moindres faits et gestes. On m’avait averti que dans cette partie de la région vivait “the Basket Ogress” une cannibale géante qui enlève les enfants dans son gigantesque panier et les emmène au loin. N’étant plus un enfant, le panier ne me faisait plus peur; la partie cannibale géante me rendait cependant moins joyeux dans mon aventure. Je souhaitais de tout mon cœur ne pas tomber dessus quand je mis le pied dans une monstrueuse bouse qui laissa échapper tout la fureur de son odeur à mes parois nasales. Je ne vous ferai pas un dessin… Quoi que… oui tiens. Voici un schéma rapide de la scène.

[Passage au présent de l'Indicatif dans le but d'immerger le lecteur dans le récit et ainsi bien rendre la spontanéité du moment.]
Une vague de dégoût me saisit! Je sacre allègrement oubliant toute forme de subtilité en cette forêt hostile. (Il faut préciser que la merde était grosse au point où elle m’a fait trébucher. Je m’en étais répandu un peu partout sur les tibias. Et non! Je l’avais pas vue! èFe you ok! Elle avait croûté et ressemblait plus à un rocher qu’à une déjection.) Je cherche du regard un arbre aux feuilles assez solides pour m’enlever le gros de la job. Je réprime un “iii c’est dégueulasse” bien viril. Je trouve un arbre. Je m’attèle à la tâche. Je rempli une feuille et l’essuie sur l’écorce de l’arbre à côté de moi. Je répète l’action. Je répète l’action. Je répète l’action. Je répète l’ac…BAM!!!
Le noir.
Mes membres sont engourdis. J’ai mal à la tête. Je suis assis. J’ouvre les yeux, je vois flou. Du brun, du bois en fait. J’entends un feu. J’ai mal à la tête. Je vois un peu mieux. Je distingue une table en bois devant moi. Je réalise que je suis attaché sur une chaise en bois de taille moyenne. Je tente de me réveiller avec une gymnastique faciale apprise dans un camp militaire en Uruguay. Je suis complètement réveillé. Je peux désormais dire que je suis dans un genre de chalet en bois rond. Une titanesque table de billard trône au centre de la pièce, éclairée par un immense lustre digne de la reine d’Angleterre. Je note que je suis nu. “Merde, me dis-je. C’est pas pratique.” Mes liens sont solides. J’essaie de les dénouer. *Humpf!* J’échoue. J’essaie de glisser hors de mes liens. *Gniiii!* J’échoue pitoyablement. La troisième c’est la bonne, pense-je. *Sss!* Non. J’échoue avec la force triomphante des Canadiens depuis 1993. (Petit sourire narquois)
J’en étais rendu à pleurer ma vie de me voir mourir nu dans une maison géante bouffé par un horrible cyclope femelle à trois bras, un feu sauvage tout frais et peut-être, pourquoi pas, une moustache aussi fournit que le cul d’un bucheron dla Beauce. Ô terrible mort! Ô horrible fin de mon être! J’étais si beau si intelligent! Pourquoi meurs-je dans de telles souffrances! À moi maman!! J’veux pas mourriiiiiiiiiiir! Sueurs froides et sanglots lamentables digne d’un homme viril du XXIe siècle.
La porte s’ouvre. Tout mon être hurle CONTENANCE!!! Et un ours entre. Je parle pas d’un ours au sens métaphorique parce que l’être devant moi est poilu, non. Un ours, un vrai pousse la porte et entre. J’invoque mes deux alliés favoris: calme et contrôle. Je reste coi et attend la suite. L’ours ferme la porte derrière lui. Il dépose son (What the fuck!) sac-à-dos sur la table et fonce vers la cuisine qui est à gauche de la porte, opposé à ma position. J’entends la porte d’un frigo s’ouvrir, l’ours qui fouille. Puis un guttural “MARTIN! Combien de fois t’ais-je dis de ne pas boire à même la peinte! Prends-toi un verre!” J’entends un grognement, un bruit d’armoire, un bruit de verre, un bruit de liquide qu’on verse et les pas de l’ours qui s’éloignent. Une femme tourne le coin de la cuisine. 6’1” à peu près. Je pense “Boah si c’est ça qu’ils appellent géante…” N’empêche je suis attaché nu avec un ours dans la maison. Je ne suis pas confortable. Elle porte un tas de linge plié dans les mains qu’elle vient déposer sur la table devant moi. Elle se renseigne sur mon état et se réjouit de me voir en forme. J’attends.
- J’ai jeté tes vêtements. Ils étaient dégueulasses. Je t’ai apporté ceux d’un de mes apprentis. Ce n’est pas moi qui t’ai agressé si ça t’intéresse. Je t’ai attaché le temps que je revienne pour ne pas avoir de mauvaise surprise. On ne sait jamais avec les gens comme toi. Je vais te détacher pour que tu puisses te rhabiller, s’il te plaît ne fait rien de stupide.
[Retour à un style plus libre rappelant au lecteur que toute cette histoire est en fait racontée devant l'Astral 2000]
Avec un ours comme garde du corps, tu comprends bien que j’avais pas tant envie de faire le con. J’ai enfilé ce qu’elle m’avait donné et le foulard que tu vois aujourd’hui était dans le lot. Mais mon cigare est fini pis j’commence à avoir froid. J’vais rentrer. Si tu veux la suite, va voir mon blog l’histoire complète devrait finir par voir le jour.”
J’ai laissé le journaliste hébété dehors avec sa clope qui s’était fumée toute seule et je suis retourné boire ma grosse Tremblay à 1$ plus chère le soir.
La soirée s’est terminée autour d’une poutine et deux hot-dogs du Alfa. Alfa? … Un fast-food québécois en tout cas. Le caissier était beaucoup trop sympathique et notre conversation aussi.
C’était vraiment une belle soirée.